Chasse aux sorcières en Corée du Sud : jusqu’où les autorités iront-elles ?

Paul Michot

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La Corée du Sud est mondialement reconnue pour son dynamisme économique, sa culture exportée à l’international et ses avancées technologiques. Pourtant, la situation relative aux droits de l’Homme et aux libertés fondamentales soulève aujourd’hui de sérieuses interrogations sur la scène internationale. Le 7 août 2026, une conférence de presse très suivie, organisée au Club des correspondants étrangers de Séoul, a mis en lumière des pratiques judiciaires et administratives extrêmement inquiétantes à l’encontre de certaines minorités confessionnelles. Cet événement majeur, orchestré conjointement par plusieurs organisations européennes, a permis d’alerter l’opinion publique et les instances internationales sur ce qui s’apparente de plus en plus à une offensive directe touchant la liberté de religion et d’expression.

Une mobilisation internationale sans précédent pour la défense des libertés

Le rassemblement organisé dans la capitale sud-coréenne a réuni des entités de premier plan œuvrant pour la défense des libertés civiles à travers le monde : Human Rights Without Frontiers (HRWF), la CAP Liberté de Conscience, FOREF, CESNUR et le magazine spécialisé Bitter Winter. Ces organisations non gouvernementales ont fermement dénoncé le traitement réservé à plusieurs responsables religieux, et plus particulièrement le maintien en détention provisoire de figures très âgées dans l’attente de la tenue de leur procès. Vous pouvez retrouver l’intégralité des échanges et des interventions poignantes en visionnant la vidéo de la conférence de presse.

Hans Noot, directeur adjoint de HRWF, a tenu à souligner que ces enjeux cruciaux touchent au cœur même de ce qui définit une société démocratique. Il a par ailleurs averti que la stigmatisation ciblée de certaines communautés religieuses, couplée à la restriction des rassemblements pacifiques, engendre des conséquences néfastes qui dépassent largement le cadre d’un seul groupe ciblé. L’objectif principal de cette démarche collective était de rappeler et de défendre un principe universel : les droits fondamentaux doivent s’appliquer de manière égale à tous les citoyens.

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La proportionnalité de la détention provisoire remise en question

Sur le plan strictement juridique, l’un des points d’achoppement majeurs ayant motivé cette conférence concerne l’emprisonnement du président de l’Église Shincheonji, Lee Man-hee, aujourd’hui âgé de 95 ans. Les intervenants européens ont exhorté les autorités sud-coréennes à réexaminer d’urgence cette détention, tout en demandant à l’État de veiller à ce que la réponse apportée aux minorités religieuses demeure strictement neutre et proportionnée. Ils ont notamment fait référence à la situation de Mme Hak-ja Han Moon, dirigeante de 83 ans de l’Église de l’Unification.

Thierry Valle, président de la CAP Liberté de Conscience, a vivement interrogé la légalité de cet emprisonnement au regard du droit international et des traités en vigueur. Il a mis en doute la conformité de la détention provisoire d’un homme de 95 ans avec les engagements internationaux pris par la République de Corée, en insistant sur l’importance primordiale du respect de la présomption d’innocence. De son côté, Massimo Introvigne, directeur général de CESNUR et rédacteur en chef de Bitter Winter, a affirmé publiquement que la Corée du Sud avait franchi une ligne particulièrement préoccupante avec cette arrestation spectaculaire. Il a rappelé avec force que les Règles Mandela préconisent une simple assignation à résidence plutôt qu’une incarcération ferme pour une personne de cet âge accusée d’une infraction non violente. Il a également averti que les charges retenues contre lui semblent à la fois juridiquement et conceptuellement excessives, s’inscrivant dans un schéma plus large de répression.

Une hostilité grandissante et systémique envers les minorités

Au-delà du cas spécifique du mouvement Shincheonji, les organisations de défense présentes à Séoul ont dressé un inventaire alarmant des pressions et discriminations subies par diverses communautés en Corée du Sud :

  • L’Église Segero, située dans la ville de Busan, continuerait de faire l’objet d’un harcèlement officiel constant, et ce, malgré la libération récente de son pasteur Son Hyun-bo.
  • Le droit à l’objection de conscience pose toujours un problème systémique. Le service civil alternatif instauré récemment est jugé purement punitif : il impose 36 mois de service au sein d’un établissement pénitentiaire, ce qui représente le double de la durée du service militaire ordinaire. L’ONG HRWF documente d’ailleurs depuis des décennies l’emprisonnement de nombreux Témoins de Jéhovah pour ce motif précis.
  • Des hostilités manifestes et décomplexées ont été observées envers un projet légal de construction de mosquée dans la ville de Daegu.
  • Des interrogations et problématiques profondes subsistent concernant le refus des aménagements religieux au sein du milieu scolaire sud-coréen.
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Michael Langhans, directeur exécutif de FOREF Allemagne, a pointé du doigt l’utilisation récurrente et abusive du terme péjoratif de « secte » dans le discours public et politico-médiatique. Il a remis en cause la nécessité absolue d’une détention provisoire dans un contexte où les preuves en vue d’une mise en examen étaient déjà jugées suffisantes par les enquêteurs. Márk Nemes, directeur adjoint du CESNUR, a renchéri en citant trois études universitaires récentes et sérieuses démontrant une hausse très préoccupante de l’hostilité du grand public à l’encontre du mouvement Shincheonji. Il a fermement rappelé qu’il s’agit d’un mouvement spirituel mondial et pacifique, dont la liberté d’exprimer et de pratiquer sa foi constitue un droit fondamental et inaliénable.

Conclusion : Un appel urgent à la conformité internationale

Ces affaires judiciaires et administratives successives témoignent d’un schéma global et très préoccupant de pression continue exercée contre les minorités confessionnelles dans l’ensemble du pays. À l’issue de cet événement diplomatique et médiatique, les différents intervenants ont formalisé leurs requêtes en signant une lettre officielle appelant le gouvernement de la République de Corée à libérer immédiatement le président Lee. Ils ont unanimement appelé les autorités sud-coréennes, la communauté internationale et les médias du monde entier à examiner ces développements judiciaires dans le plus strict respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales garanties par le droit international.

À propos de l'auteur

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